BIO OU PAS BIO ?

 

PROCHAINEMENT................

UNE PLANETE ET DES HOMMES

Bio ou pas bio : la hache de guerre est enterrée ?

Agriculteurs bio, agriculteurs conventionnels, même combat ? C’est l’idée portée par le salon Tech & bio qui se tenait lundi et mardi à Loriol, dans la Drôme.

De même que les militaires se recrutent chez les civils, les agriculteurs bio de demain se dénicheront chez les conventionnels d’aujourd’hui. Le Salon international des techniques agricoles alternatives et biologiques, qui s’est tenu ce début de semaine à Loriol, dans la Drôme, en a fait plus ou moins sa devise.

Premier de cette envergure, il ambitionnait de rassembler producteurs bio et non bio sous une même chapelle : celle de l’agriculture durable. Plus singulier encore, il était non pas le fruit de mouvements bio-militants, mais celui de la chambre d’agriculture de la Drôme, elle-même soutenue par l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture (APCA), établissements publics dirigés par des élus paysans majoritairement à la FNSEA, syndicat peu réputé pour son goût du bio.

Mais les temps changent et les organismes - dont les politiques divergent, il est vrai, d’une région à l’autre - révèlent leur intérêt pour les techniques alternatives. Le Grenelle de l’environnement les y pousse, quand il prévoit de porter à 12 % la surface agricole consacrée à la culture bio en 2012, puis à 20 % en 2020, contre 2,12 % aujourd’hui (1). La crise qu’essuient les productions françaises incite les exploitants à chercher de nouveaux marchés avec de nouveaux produits, mieux valorisés. La demande du consommateur, enfin, paraît ouvrir un boulevard de débouchés pour les produits biologiques : fin 2008, la France importait près de 25 % de ses produits bio laitiers. Ce taux frisait les 60 % dans le secteur des fruits et légumes, des jus de fruits et des produits de la mer (2).

Qu’attendent donc les producteurs pour se convertir en bio ? C’est, justement, que la chose n’est pas simple. « Il faut cesser d’opposer les méchants producteurs conventionnels aux gentils bio, explique Claude Aurias, président de la chambre d’agriculture de la Drôme. Les impasses techniques sont nombreuses et nous devons les dépasser tous ensemble. »

La Drôme a de l’expérience en la matière. Premier territoire bio de France, elle y consacre 11 % de sa surface agricole. Et l’on sait, ici, que tout n’est pas qu’une question de volonté. Bio convaincu depuis ses débuts, dans les années 1990, Marc Foriel,

arboriculteur, en témoigne. « Faire du bio, c’est accepter de très nombreuses contraintes, mais également des pertes importantes. » 30 % de sa récolte de pommes part ainsi à la poubelle ou vers l’industrie agroalimentaire (qui paye mal), faute d’être vierges de toutes bestioles. Un écart de triage incompressible dès lors que l’on abandonne les pesticides et qui coûte cher aux productions, quand l’agriculture conventionnelle n’affiche que 1 % de pertes environ. Le maintien en bio, au reste, n’est jamais garanti. « Nous avons dû y renoncer pour la pêche, faute de trouver une variété suffisamment rustique pour se conserver même sans produits phytosanitaires. »

Comment résoudre ce type de problèmes ? C’est là toute la question. La recherche et l’ingénierie publiques sont interpellées, qui continuent de consacrer plus de temps et d’argent aux recherches phytosanitaires qu’aux recherches bio. Moteur : l’idée que les progrès techniques du bio alimenteront en premier lieu ceux de l’agriculture conventionnelle. « Il vaut mieux 100 % d’agriculteurs qui améliorent 50 % de leurs pratiques que 10 % d’agriculteurs qui soient irréprochables à 100 % », formulait Luc Guyau, président des chambres d’agriculture, en guise de conclusion.

(1) Selon les estimations

de l’Agence bio à la fin

de l’année 2008.

(2) Inclus, toutefois, les produits exotiques tels que le cacao

ou la banane.

 

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